Toile coréenne

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Intruders

Projeté dans le cadre de la section paysage cette année au Festival du film coréen à Paris, Intruders est un excellent long-métrage, mêlant avec brio mystère, humour et thriller.

  • Date de sortie en Corée : mars 2014. Inédit en France.
  • Genre : thriller.
  • Écrit et réalisé par : Noh Young-seok

IntrudersDistribution :

  1. Jun Suk-oh dans le rôle de Sang-jin
  2. Oh Tae-kyung dans le rôle de Hak-soo
  3. Han Eun-sun dans le rôle de Yoo-mi

Intruders_portrait

Sang-jin est scénariste. Il bloque sur l’écriture des dernières scènes de son nouveau scénario et va s’isoler à la campagne sur les conseils de son producteur, qui lui prête le B & B de ses parents. Les chalets, situés au milieu de nulle-part, dans la montagne enneigée, devraient lui permettre d’enfin achever l’écriture d’un scénario en attente depuis un an. Sang-jin s’y rend en bus. Un homme, Hak-soo, le presse de questions et lui force la main pour qu’il vienne s’assoir à côté de lui. Coïncidence, il connaît très bien le coin et lui donne tous les renseignements nécessaires pour trouver le B & B. Mais Sang-jin est très mal à l’aise, d’autant plus que son interlocuteur lui révèle qu’il sort tout juste de prison et répète à loisirs que « ça fait du bien de parler avec un être humain ». Une fois sorti du bus, Sang-jin n’arrive pas à se défaire de Hak-soo, très collant, et monte dans un taxi sur son insistance (il voulait se rendre au B & B à pied), après moult refus d’aller boire un verre avec son nouvel « ami ». Arrivé au chalet, il peut enfin goûter au calme et profiter du paysage. Mais pendant la nuit, des bruits de pas l’alertent. Seul au milieu de la montagne, Sang-jin se sent épier. Le lendemain, lors d’une promenade qui doit le conduire jusqu’à l’épicerie du village le plus proche, à 40 minutes à pied, il croise deux chasseurs à l’air peu recommandable et les fuit alors qu’ils lui proposent de le véhiculer jusqu’en ville. Un peu plus tard, décidément il ne sera jamais seul !, quatre jeunes, qui veulent skier dans les environs, s’arrêtent devant le chalet et demandent une chambre pour la nuit. Sang-jin, dont le premier réflexe est de les renvoyer (après tout, il n’est pas le propriétaire des lieux !), se ravise et les invite à rester, pensant (à tord où à raison ?) qu’avec eux il ne sera pas importuné par les effrayants chasseurs. Mais il va vite déchanter, entre les garçons malpolis et la fille, Yoo-mi, qui le prend pour son larbin, c’est un miracle s’il réussit à finir son scénario. Soudain, les chasseurs et l’inconnu collant du début font leur apparition et demandent à utiliser le barbecue de la propriété. Sang-jin accepte et retourne à l’écriture de ses dernières scènes. Enfin, tout est achevé. Mais quelque chose ne va pas… À l’extérieur, plus aucun bruit. Sang-jin découvre horrifié le cadavre de l’un des trois jeunes. Il se précipite dans le premier chalet venu pour alerter la police, mais il n’y a plus de tonalité. Un bruit se fait entendre dans la pièce d’à côté. N’écoutant que son courage, il s’arme d’un couteau trouvé dans la cuisine et se rue sur l’intrus… qui n’est autre que Yoo-mi, nue, qui sort de la douche. Suite à un quiproquo, Sang-jin est accusé de tentative de viol. Hak-soo, qui fait son apparition à ce moment-là, le traque et réussit à l’attraper. Dans une mauvaise posture, Sang-jin pourrait bien passer pour le meurtrier, d’autant plus qu’un policier, qui n’est autre que le frère de Hak-soo, fait son apparition !

Intruders mélange les genres. Mystère, thriller, comédie, c’est un peu de tout cela à la fois. Le lieu désert, isolé et effrayant, avec nappes de brouillard et neige à perte de vue, n’est pas sans rappeler des atmosphères d’épouvante à la End of Animal. Noh Young-seok, le réalisateur, maîtrise à la perfection cette ambiance et n’hésite pas à faire des clins d’œil à Misery de Stephen King, pour donner au spectateur la prescience des atrocités à venir. Mais c’est pour mieux le tromper. Jouant avec les codes du slasher movie, il nous berne totalement, nous forçant à prendre le point de vue de Sang-jin, le récit étant focalisé sur son ressenti. En effet, comme Sang-jin, nous sommes persuadés que le repris de justice, au comportement louche, ainsi que ses deux acolytes, plus bouchers que chasseurs dans leur apparence, sont les meurtriers. Mais ne serait-ce que des préjugés de citadin face aux accueillants campagnards du coin ? Il faudra attendre la fin pour le savoir.

Le récit ne cesse de prendre le spectateur par surprise, chaque rencontre faisant surgir l’inattendu (les locaux, les chasseurs, les jeunes, le policier) et les événements les plus absurdes. Les ressorts comiques doivent beaucoup au personnage féminin, et au quiproquo qui se crée (qui rappelle, par certains aspects, l’excellent Tucker & Dale fightent le mal, comédie horrifique complètement barrée) et nous apprennent à nous méfier des apparences. Comme évoqué plus haut, l’opposition se fait entre un citadin méfiant, dans lequel on se reconnaîtra facilement, et des villageois qui paraissent louches, mais dont la bizarrerie, s’il n’y avait pas cette atmosphère angoissante, pourrait passer pour de la gentillesse désintéressée. Chaque détail en devient succulent : avec son régime à base d’œufs durs, Sang-jin est une caricature du Séoulite incompréhensible pour les provinciaux qui se régalent de viande cuite au barbecue ; Yoo-mi, qui boit du champagne hors de prix comme elle boirait du soju bas de gamme et trouve ça infecte, brise le cœur du citadin bobo Sang-jin (et du spectateur) ; Hak-soo, qui ramène une viande de « cochon particulier » à manger cru avec une bouteille de tord boyaux local dans laquelle flotte un serpent mort et qu’il faut boire avec une paille sous peine de voir ses dents tomber, à l’air de proposer de la viande humaine (du moins on pourrait le croire tellement cela est louche) ; etc.

[Attention, ce paragraphe contient des spoilers] La découverte du meurtrier (un espion nord-coréen), pas si inattendue que cela si on prête l’oreille aux indices distillés tout au long du film, qui annoncent des tensions entre le Nord et le Sud, suite à la menace de Pyongyang de faire exploser une bombe nucléaire, et la disparition de deux personnes dans les montagnes, amène le récit dans une autre dimension. Alors que le titre, Intruders, semblait faire référence aux différents protagonistes qui se montrent tout au long du film et empêchent Sang-jin de mener à son terme l’écriture de son scénario, il renvoie désormais aux espions nord-coréens, qui envahissent le Sud. Cette mise en abîme n’est-elle pas une façon de nous dire : attention, pas de préjugé et de jugement hâtif sur les autres ? Difficile de la dire, car Sang-jin finit pris au piège…

Intruders, avec son jeu sur les codes du slasher movie et son humour décalé, démontre qu’avec un petit budget on peut réaliser un film sans prétention (l’intrigue se déroule dans peu de lieux, avec une temporalité très simple) mais rudement efficace, qui ne laissera aucun spectateur insensible.

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2 commentaires sur “Intruders

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Cette entrée a été publiée le 3 novembre 2014 par dans Films, Thriller, et est taguée .
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