Toile coréenne

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FFCP 2014 : deuxième jour − 29 octobre

Futureless Things

Futureless Things, c’est le retour de Kim Kyung-mook au FFCP ! Ce jeune réalisateur avait fait parler de lui grâce à des œuvres percutantes, difficiles d’accès, mais il y avait indéniablement du talent dans son long premier métrage (cf. Stateless Things et ses courts et moyens métrages ICI et ICI). On pouvait donc s’attendre, encore une fois, à un film « remuant » les sentiments des spectateurs. À mon grand étonnement, il est bien plus consensuel, mais on peut encore parler d’expérimentation.

Futureless_ThingsFutureless Things est un huis-clos, se déroulant entièrement dans une supérette ouverte 24h/24, comme il y en a à tous les coins de rue dans les villes coréennes. On y suit différents protagonistes qui y travaillent. La chronologie des événements est volontairement discontinue, mais ne gène en rien la compréhension de l’intrigue : certains clients d’un segment deviennent les employés de la supérette et donc les personnages principaux d’un segment suivant, et certaines scènes montrent la passation du poste entre deux personnages. Il y a néanmoins un fil rouge, l’éventuelle faillite de la boutique (au tout début, des anciens employés viennent se plaindre devant la supérette fermée qu’ils n’ont pas reçu leur salaire, dans d’autres scènes, le patron avoue ses problèmes financiers, etc.).

Le film mélange les genres d’un segment à un autre avec brio : principalement comique, le ton peut se faire grave, mystérieux, fantastique, tragico-burlesque (à ce sujet, sans en dire trop sur la fin du récit, la scène où l’huissier saisit le cadavre est géniale !). De même les thématiques abordées foisonnent : homosexualité, service militaire, problèmes générationnels (les jeunes « fainéants » contre les vieux, dans un retournement très comique), racisme envers les nord-coréens, SDF, religion, monde impitoyable de l’entreprise, etc. Certains segments sont moins réussis que d’autres, mais tous fonctionnent parfaitement.

Au final, on se retrouve devant une œuvre très agréable à voir, mais quand même anecdotique : on regrette le manque d’unité tout au long du récit, et le fait que les thématiques abordées soient la plupart du temps survolées seulement, alors qu’il aurait pu être intéressant de réduire leur nombre, mais de les traiter avec plus de profondeur. Je pense notamment à l’employée nord-coréenne qui se fait harceler par un ivrogne, celui-ci proférant des insultes anti-rouges plus par inconfort (il tente de la séduire) que part haine véritable de ses voisins communistes.

Running Turtle

Cette année, le festival ouvre une nouvelle section, Focus, consacrée à un acteur important du cinéma coréen d’aujourd’hui. Cet acteur est à prendre dans son acception la plus large, puisqu’il peut s’agir d’une personnalité, d’une thématique, etc. Pour ce premier Focus, c’est l’acteur Kim Yun-seok qui s’y colle.

Running_TurtleRunning Turtle est une comédie réalisée par Lee Yeon-woo en 2009. Jo Pil-sung (Kim Yun-seok) est flic dans une bourgade de campagne. Il connait quelques difficultés pécuniaires et joue le petit pécule collecté par sa femme (qui a passé ses soirées à plier des chaussettes pour cela et tient un manwha café) dans des paris de combats de buffles. La chance lui sourit grâce à un bon tuyau et il se fait une sacrée somme d’argent. Song Gi-tae est un criminel en cavale, qui revient incognito dans la bourgade pour retrouver la femme qu’il aime. Par un malheureux concours de circonstance, Pil-sung croise Gi-tae qui lui donne une sévère et humiliante raclée et vole son argent. Le policier va devoir enquêter en douce, avec l’aide d’amis peu recommandables qui ont également été battus par Gi-tae, pour récupérer son pécule, reconquérir sa femme (qui l’a mis à la porte suite au vol de son argent) et rendre sa fille fière de lui.

Running Turtle enchaîne scènes comiques et scènes d’action avec brio. Ce film ne restera pas dans les annales, mais constitue un divertissement rudement efficace qu’on prend plaisir à regarder. On saluera surtout le duo comique redoutable Kim Yun-seok / Shin Jung-keun (qui interprète Yong-bae, l’ami mafieux de Pil-sung), qui fonctionne très bien. Le nom de Shin Jung-keun ne vous dira peut-être rien, mais assurément vous reconnaîtrez son visage, car il a joué dans beaucoup de films des rôles secondaires.

Non-Fiction Diary

Ce documentaire, réalisé en 2013 par Jung Yoon-suk, est d’une grande densité. Il évoque plusieurs tragédies ayant marqué les années 1990, dans le but d’interroger les profonds changements qui ont bouleversés la société coréenne durant cette décennie.

Non-Fiction-Diary

Au sortir de la dictature de Park Chun-hee en 1979, il faudra encore une quinzaine d’année à la Corée du Sud pour connaître un semblant de démocratie (avènement de la VIe République en 1993). Parallèlement, la forte croissante économique du pays crée de fortes disparités qui creusent les inégalités sociales et régionales. Les années 1990 vont être le théâtre de crises révélatrices des processus néfastes engendrés durant la décennie précédente. Le documentaire se focalise sur les meurtres en série du clan Chijon, un groupe d’hommes qui ont torturé et tués plusieurs personnes et se sont livrés à des actes de cannibalisme entre 1993 et 1994. Leurs cibles, uniquement des gens riches, et leur mobile sont révélateur de la folie consumériste qui s’est emparée de la Corée du Sud, qui est entrée de plein pied dans la mondialisation. Mais il y est aussi question de l’effondrement du magasin Sampoong (Séoul, juin 1995), suite à des négligences et le non respect des règles de sécurité, qui fera plus de 500 morts et près de 1000 blessés, et de l’effondrement du pont de Songsu (Séoul, octobre 1994), qui provoquera la mort de 32 personnes, là encore à cause de négligences en matière de sécurité. Ces événements mettent en lumière la corruption qui règne au sein des pouvoirs publics et le manque d’intérêt du gouvernement pour la résolution des problématiques sociales, lancé qu’il est dans l’essor économique du pays, au détriment de sa population. Il y est également question de la grâce présidentielle (choquante) accordée par Kim Dae-jung en 1998 aux deux anciens présidents emprisonnés jusqu’alors, Chun Doo-whan (1980-1988, responsable de la répression sanglante du soulèvement de Kwangju) et Roh Tae-woo (1988-1993, également mis en cause pour la répression de Kwangju et coupable de corruption).

Non-Fiction Diary, avec ses interviews intéressantes, ses nombreuses images d’archives et la richesse de son contenu, est relativement complexe à suivre. Il propose aux spectateurs, par les nombreux sujets abordés, de bâtir une réflexion profonde sur les bouleversements politiques, économiques, intellectuels et sociaux qui sont intervenus durant les années 1990 et qui ont participé à la construction de la Corée d’aujourd’hui, sans pour autant proposer un avis subjectif trop tranché. On appréciera la mise en avant, dans le documentaire, de la violence d’une époque, qui n’est malheureusement pas tout à fait révolue ; car comme le rappelle le réalisateur, qui s’est prêté à la fin de la séance au jeu des questions-réponses, les dernières élections présidentielles coréennes ont permis d’élire Park Geun-hye, fille du dictateur Park Chung-hee, qui était opposée à Moon Jae-in, ancien avocat très impliqué dans la protection des droits de l’homme…

Hwayi: a Monster Boy

Peut-être le film que j’attendais avec le plus d’impatience : Hwayi est le deuxième long-métrage de Jang Joon-hwan, l’inénarrable réalisateur de Save the Green Planet (2003), un film déjanté culte. Il aura fallu attendre plus de dix ans pour que le réalisateur livre un second long métrage. L’histoire n’a rien a envier à la folie de Save the Green Planet, jugez plutôt.

HwayiUn groupe de cinq criminels, surnommés les Serpents à cause de leur sang-froid, ont fait des meurtres, braquages et autres joyeusetés leur gagne-pain. Ils kidnappent le fils d’un riche homme d’affaires afin d’obtenir une rançon mirobolante. Durant l’opération, un policier est blessé au visage. Le temps passe et le petit garçon grandit auprès de ses cinq pères d’adoption, qui l’ont élevé à la dure et lui ont transmis les enseignements de leurs spécialités respectives (combat à l’arme blanche, conduite « sportive », tir à longue distance, combat à mains nues). Il l’ont surnommé Hwayi, lui donnant le nom de l’arbre qui leur avait servi à le dissimuler lors de son enlèvement (via un double fond dans le pot le contenant). Un jour, les Serpents sont recrutés pour éliminer un homme et sa femme, qui s’opposent à l’achat de leur propriété, située sur un site où doivent bientôt s’élever des bâtiments modernes. Il s’avère qu’ils sont les véritables parents de Hwayi. Pour l’endurcir, le gang emmène le jeune homme avec eux pour forcer la porte d’entrée. À l’intérieur de la maison, il tombe sur une photo d’un enfant qui lui ressemble étrangement. Rien ne se passe comme prévu et Hwayi est contraint par ses pères à tuer l’homme chez qui ils sont entrés par effraction. Pris de remords, il revient sur les lieux du crime et découvre l’affreux secret qu’on a tenté de lui dissimuler. L’heure est venue de se venger contre ses pères adoptifs. Parallèlement, le policier blessé au visage il y a plusieurs années a fait du gang des Serpents sont obsession et enquête avec acharnement. Il pourrait bien, enfin, remonter la piste jusqu’à eux.

Autant vous dire que le film ne fait pas dans la dentelle et est ultra-violent. On en a largement pour son compte en terme d’hémoglobine. Jang Joon-hwan revisite le mythe d’Oedipe avec surenchère, puisque Hwayi a six pères, et qu’il s’apprête à tous les tuer. Hwayi m’a déçu, sans doute car mes attentes étaient trop grandes. Loin d’être mauvais, il y a de très bonnes trouvailles, et des réflexions sur la paternité, les notions de bien et de mal, les relations père-fils qui sont intéressantes et pas prise de tête (c’est le moins que l’on puisse dire !). Concernant les trouvailles, la principale est la métaphore du monstre : Hwayi, depuis tout petit, a peur d’un monstre qui rôde dans les ténèbres, qui représente à la fois ses traumatismes de jeunesse, enfouis au fond de lui, et sa part obscure (car élevé par des monstres, il ne peut qu’en devenir un lui-même). Doté d’un design vraiment original, ce monstre apparaît dans des scènes stylisées de toute beauté (notamment la scène qui ouvre le long métrage, qui est la plus belle scène d’ouverture des films présentés cette années au FFCP). On regrettera l’aspect fouillis du scénario, qui propose trop de personnages et d’éléments qui ne semblent être là que pour justifier la présence de chair à canon pour la tuerie finale (ainsi, les mafieux qui sont en compétition avec les Serpents sont peut-être de trop…). On saluera par contre la performance des acteurs, tous très bons, notamment celle de Kim Yun-seok, qui joue le père le plus monstrueux de Hwayi.

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2 commentaires sur “FFCP 2014 : deuxième jour − 29 octobre

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Cette entrée a été publiée le 2 novembre 2014 par dans Action, Comédie, Documentaire, Dossier, Expérimental, Films, Thriller, et est taguée .
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